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Je m’appelle Juliette, je suis Xavière, en communauté à Marseille, et je travaille dans l’Économie Sociale et Solidaire.

Il y a quelques mois, l’association pour laquelle je travaille a organisé un séminaire d’équipe. Pendant ce séminaire, nous avons eu une matinée avec deux comédiennes qui nous ont fait travailler notamment sur l’expression de nos émotions. 

Les exercices se succèdent : mouvements, respirations, écoutes, mimes, observations… puis arrive un exercice un peu différent des autres. 

Nous nous installons par terre, en cercle, par huit. Et l’animatrice nous donne la consigne :

“Imaginez. vous êtes sur une île déserte. Vous êtes totalement seul. Vous pouvez être rejoint par une personne sur cette île, mais attention, cette personne ne doit être ni quelqu’un de votre famille, ni de vos amis. Ça peut être une personne du passé. Trouvez cette personne et nommez 3 qualités ou vertus que vous lui reconnaissez et que vous souhaiteriez avoir également.” 

Nous sommes tous restés quelque peu perplexes. 

Et puis j’ai réfléchi, j’étais plutôt à l’aise dans ce format “groupe de partage”.

Assez vite, c’est la figure de François-Xavier qui s’est imposée à moi. En partie parce qu’il a fini ses jours sur une île, aux portes de la Chine. Mais surtout pour d’autres raisons, plus profondes : 

D’abord, parce que je suis Xavière. Claire Monestès, qui a fondé la Xavière à Marseille en 1921, avait écrit un jour : ”là où tu seras Xavier, tu seras Xavière.” 

Le nom de Xavière a été choisi en lien avec François-Xavier, de ce saint missionnaire qui a porté l’évangile au bout du monde. Moi je ne porte pas l’évangile dans des îles lointaines, mais j’essaie de le vivre à Marseille, dans mes différents lieux de mission : le travail, la Pastorale des Jeunes et diverses autres activités.

J’ai choisi François-Xavier ensuite pour les qualités que je lui reconnais et qui m’inspirent : 

l’écoute et la capacité d’adaptation. Quand il arrivait dans des terres étrangères, il commençait par apprendre la langue locale, par se mettre à l’écoute des peuples vers lesquels il était envoyé. Être missionnaire ce n’est pas asséner l’Evangile à grands coups de discours. C’est d’abord se laisser transformer par l’autre, vivre une vraie rencontre, aimer et se laisser aimer.

De François Xavier j’admire aussi l’obéissance. Sa façon de s’en remettre totalement à Ignace et d’accueillir les ordres de son supérieur.

Et puis j’admire son courage et sa détermination. La fougue qu’il met dans sa mission. Son brûlant désir de “mas”, de davantage, toujours davantage aimer le Seigneur, Le servir, Lui ressembler.

Je vous laisse imaginer la tête de mes collègues quand je leur ai dit tout ça… Mais ce témoignage a donné lieu par la suite à des discussions belles et profondes. 

La figure de François-Xavier m’était venue spontanément à l’esprit. Le soir en rentrant chez moi j’ai repensé à la question qui nous avait été posée… et je me suis dit que je ne regrettais pas ma réponse. Pour moi, comme religieuse encore en formation, saint François-Xavier est l’illustration du fait qu’on peut s’engager avec toute sa fougue, toute son énergie, tous ses grands désirs. Qu’être religieux ne veut pas dire être enfermé et confit en dévotions toute la journée, mais suivre le Christ. Que suivre ce n’est pas s’éteindre mais se laisser façonner par Lui, Lui qui nous entraîne toujours plus loin. 

Je m’appuie en particulier sur saint François-Xavier quand le vœu d’obéissance est difficile à tenir. Lui aussi est passé par des résistances, mais il a fait jusqu’au bout ce pari de la foi et de l’obéissance en ses supérieurs. 
Et je garde au coeur son “mas ! mas !”, en me demandant chaque jour quel est le pas de plus que le Seigneur m’appelle à faire aujourd’hui à sa suite. Ce pas de plus, il demande un grand désir de vivre avec le Christ, et un grand désir de l’annoncer au monde. Ce pas de plus, il me demande de m’engager avec tout ce que je suis, dans la confiance. Comme saint François-Xavier.

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