Temps de lecture : 2 minutes

Photo : Grégoire Matzneff

Théâtre Saint Georges aujourd’hui, Paris a des airs de printemps. Malgré une après-midi ensoleillée, je m’enferme au théâtre pour assister au Malade imaginaire, 400 ans obligent.

Mes souvenirs de collégien m’ont laissé des textes de Molière un goût hésitant, moins divertissants que politiques. Je ne m’attendais donc pas à rire autant !

Une petite salle cosy, écrin de velours rouge, où les masques prennent désormais leur place au fond des poches. Des enfants par dizaines, entourés de papi et mamie. Et on a ri. Toute la magie du théâtre a sublimé les mots anciens. Argan et ses lavements, Angélique et ses amours, et Toinette, ah Toinette… sage soubrette espiègle. Toute une drôlerie pour parler de nos maladies. Qu’est-ce qu’on a ri !

Un monde malade, on connaît bien. Touché au cœur. Et certains osent parler de « théâtre d’opération » là où on tue des enfants, détruit des villes, crache sur des quotidiens encore meurtris d’une longue pandémie. Non, la guerre n’est pas un théâtre. Nulle comédie, nulle tragédie ne s’y joue, car on y déjoue l’humanité. Une mise-en-scène vulgaire, des comédiens abusés, des décors souillés : ça n’a jamais fait un chef d’œuvre. Dans le grand théâtre de la vie, il n’y a pas de scène à laisser au mensonge de la guerre. Elle trompe la dramatique de nos vies, elle est un non-sens, et elle ne donne du sens à rien. Aucun rire, aucune larme n’y feront rien. 

Mais les conséquences de la guerre, oui, elles nous donnent envie de pleurer.

Récemment, un mème ironisait sur Vladimir Poutine en Prix Nobel de médecine 2022 car, grâce à lui (!), la pandémie aurait pris fin… Je n’ai pas ri, pas même souri. 

La sottise met parfois en lumière le génie d’un autre, né il y a 400 ans, mort sur scène en incarnant jusqu’au bout la comédie humaine. Rire de soi et non se rire des autres. La comédie s’engage, et elle le fait pour ne pas se détourner des drames de nos existences.

Et j’ai ri. J’ai ri de ce que l’homme peut rire de lui-même. Il imagine des fables pour tromper ses petites angoisses, il fait de ses défauts des farces. Un clystère de deux mètres, des stratagèmes et des jérémiades rocambolesques, tout était là pour rire vrai.

Le rire qui détourne et nous retourne à la vie. Le rire qui renvoie à l’humain et le guérit. 

Un malade imaginaire, aujourd’hui, m’a fait prendre davantage conscience des drames non-imaginaires qui se jouent sur terre. Merci au théâtre et merci à Molière !

« Allez au théâtre ! » nous a crié Toinette, tout en saluant un public conquis. Seules certaines conquêtes méritent des applaudissements. Oui au Prix Nobel de Médecine pour Molière !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.